Personne ne vous le disputera, l’exercice est bon pour la santé mentale : ma voisine me l’a dit, mon médecin me l’a dit, la réceptionniste du Centre d’entrainement aussi. Alors, j’y vais mais bon Dieu, il en faut du courage pour enfiler ces kilomètres sur le tapis roulant (au plat les six premiers mois), sur la bicyclette à fond de train sur la musique de Diana Ross (là, je montre mon âge!) ou alors en alignant les 25 longueurs de piscine sans avaler l’équivalent de mes deux litres d’eau que je bois religieusement à chaque jour. C’est bon pour le métabolisme!

De l’aveu de mon amie scientifique, l’exercice augmente l’oxygénation des tissus, la concentration et même la production d’un facteur de croissance dans le cerveau, le BDNF, mais seulement lorsqu’il s’agit d’exercice aérobique. D’où l’expression « We grow brains ». Ce facteur, me dit-elle, est important pour la plasticité neuronale, la souplesse de nos synapses et l’adaptation de notre réponse face à un ou plusieurs évènements stressants qui déclenchent parfois la dépression. Là, j’ai tout compris! Il est clair que l’exercice est bon pour notre cerveau d’adulte qui n’est plus en constante évolution comme celui de nos enfants; mais quand même, étant maman d’adolescentes et sachant combien cette période est vulnérable au développement de la dépression, je lui demande si l’activité physique pourrait agir comme facteur de prévention de la dépression dans cette tranche d’âge.

On aimerait bien! Cela serait une autre bonne raison pour lâcher le cellulaire deux minutes ou de s’extirper des feuilletons à la « Gossip Girls » pour une petite tranche d’exercices chez nos ados. Eh bien, il semblerait que non, car selon une grande étude réalisée en Angleterre sur plus de 700 jeunes adolescents de 15 ans (garçons et filles) suivis sur trois ans, l’exercice physique n’a pas d’effet protecteur pour le développement de la dépression chez les jeunes (JAMA Pediatrics Dec 2014) alors que les effets bénéfiques chez nous les parents sont bien connus. Est-ce que le type d’exercice serait en cause? Il est vrai que l’activité aérobique est plus efficace pour combattre la dépression de l’adulte (Scan J Med Sci Sports, 2014) que de lever des poids dans un gymnase (sans offense aux haltérophiles parmi vous). Quand je vais à mon cours d’aérobie deux fois par semaine, j’aime bien jaser avec les filles avant et après la séance. L’aspect social fait partie du traitement. De plus, l’idée de se faire du bien contribue également au traitement anti-déprime. Alors, qu’est ce qui est différent chez les jeunes? Les scientifiques n’ont pas encore les réponses à toutes nos questions (et nous en avons beaucoup!) mais personnellement, je constate que mes ados et leurs réseaux sociaux étendus (Facebook, twitter et autres machins…) sont bien souvent en état d’anaérobie sur le canapé en ne parlant à rien d’autre qu’à leur écran lumineux. Qu’est-ce que je fais dans ce cas? Je vais chercher un mignon petit toutou bien « colleux » et je les envoie courir dehors à tous les jours avec ce dernier. C’est le prozac de grand-mère et ça marche!


BIBLIOGRAPHIE
:

Huang T1, Larsen KT, Ried-Larsen M, Møller NC, Andersen LB. The effects of physical activity and exercise on brain-derived neurotrophic factor in healthy humans: A review. Scand J Med Sci Sports. 2014 Feb;24(1):1-10

Toseeb U, Brage S, Corder K, Dunn VJ, Jones PB, Owens M, St Clair MC, van Sluijs EM, Goodyer IM.

Exercise and depressive symptoms in adolescents: a longitudinal cohort study. JAMA Pediatr. 2014 Dec;168(12):1093-100



Claire-Dominique Walker, Ph.D
Professeure titulaire,
Départements de psychiatrie et d'anatomie et biologie cellulaire
Université McGill
Directrice, Division de recherche en neurosciences
Institut universitaire en santé mentale Douglas